Compte tenu de la couleur claire du tapis de danse, seules les chaussettes de couleur claire et les chaussons de danse de couleur claire et à semelles claires et propres (sans colophane) sont autorisés dans la salle de danse.

    

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Mémoire sur la  danse orientale  - les européens et la danse orientale

B – Les européens et la danse orientale

Les premiers écrits retrouvés sur la danse orientale sont ceux d'Européens datant du XVIIIe siècle, surpris par cette forme de danse. Ainsi, au cours d’une escale au Caire, des explorateurs danois engagent des danseuses pour se divertir. L’un d’eux, un allemand du nom de C. Niebhur raconte : “ Ce spectacle, de prime abord, ne nous plut pas trop car la musique n’était pas excellente et les femmes étaient trop impudiques à notre gré….Cependant, nous changeâmes peu à peu d’avis et les trouvâmes belles, à tel point que nous prîmes autant de plaisir à leur spectacle que nous en aurions eu en voyant les meilleures danseuses et chanteuses d’Europe. ” S. De Soye, op. cit. Elle rapporte les propos d’un ouvrage de W. Buonaventura “ Les milles et une danses d’orient ”, 1989.

Il y avait à cette époque deux sortes d’artistes. Les almées (ad’ oualem), chanteuses danseuses et musiciennes cultivées ne se produisaient qu’en privé devant un public exclusivement féminin (dans les harems entre autres). Les ghâwazi, souvent d’origine étrangère, produisaient en public des danses beaucoup moins raffinées. Ce sont elles qui souvent sont représentées sur les tableaux des orientalistes.

Elles dansent dans leurs habits quotidiens. Les principaux mouvements sont des saccades du bassin allant jusqu’au tremblement.

 

 

 

 

 

 

En 1798, lors de la campagne d’Égypte de Bonaparte, les almées quittèrent la ville du Caire, ne voulant pas danser devant les soldats. La tradition les empêche en effet de danser devant des hommes. Certaines ghâwazi au contraire, profitèrent de l’occasion pour gagner de l’argent en alliant danse et prostitution. A tel point qu’elles réussirent à semer le trouble parmi les troupes.

Passant outre l’interdiction de fréquenter les casernes, elles furent finalement toutes exécutées.

Simultanément, de jeunes danseurs professionnels travaillant dans les cabarets de Constantinople, furent chassés de la ville à la suite de querelles. Ils trouvèrent refuge au Caire.

Pour divertir les soldats, ils donnaient des spectacles déguisés en femmes.

Suite aux récits rapportés par la campagne de Bonaparte, l’Occident manifeste au XIXe siècle un vif intérêt pour l’Orient. Les peintres, les écrivains se mettent à voyager, rapportant de nombreuses description des scènes rencontrées.

Le regard des européens venus en Egypte est intéressant pour comprendre l’évolution de la danse orientale. Ce regard est entaché par leur propre culture qui qualifierait cette danse d’obscène, mais il reste fasciné par l’attrait de ce qui lui est interdit. Nous reprendrons à ce sujet les termes de F.Schott-Bilmann : “ l’Autre, l’étranger, l’exotique, le barbare, lui apporte ce qui lui manque, comme si , dans son altérité, résidait le secret de la jouissance ” .F. Schott-Bilmann “ Le besoin de danser ”, Ed. O. Jacob, 2001.

Il est probable que la danse ait évolué sous l’impulsion de ce regard différent. Sur le tableau de L-F. Cassas, la poitrine des danseuses est découverte. Cela n’était alors nullement indécent pour les autochtones mais va le devenir sous l’influence européenne. Les descriptions faites en 1881 témoignent déjà de modifications.

Au début du XIXe siècle, il existe en Egypte deux sortes de cafés : le Khawa  traditionnel arabe et le Malha réservé aux européens. Dans ce dernier évolue la profession de danseuse. Les khawa accueillent régulièrement des musiciens pour divertir leurs clients. Ils sont rémunérés par un pourboire, la noqta.

Après avoir dansé souvent en groupe dans la rue, les ghawazi se produisent en solo dans les malha. Devant l’intérêt des européens pour leur spectacle, les danseuses transgressent la tradition sociale (selon laquelle il est interdit de se produire devant les hommes). Le principe de la noqta est conservé, mais les pièces sont collées sur les parties dénudées de la danseuse. Afin de ramasser le plus d’argent possible, celles-ci réduisent les parties couvertes du corps. Devant ces débordements, les autorités du pays décident en 1834 d’en faire cesser la pratique.

Les danseuses sont contraintes d’émigrer en Haute Egypte. Leur art évolue alors au sein des villages. La plus célèbre d’entre elles, Kutchuk Hanem, fit forte impression sur G. Flaubert, qui la décrivit attentivement dans ses carnets de voyage.

L’occupation ottomane cesse en 1866 et les danseuses peuvent revenir exercer leur profession au Caire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                              Figure 10 Danseuse orientale, tableau réalisé par le peintre et architecte E.Richter en 1883

La pratique de la danse renaît à la fin du XIXe du fait du tourisme. Les Européens, déjà sensibilisés par les danseuses orientales aperçues lors des expositions universelles, veulent assister aux spectacles locaux. Beaucoup de danseuses sont alors d’origine tunisienne, syrienne, marocaine, persane, turque. Ce brassage ethnique permet aux artistes de s’influencer mutuellement.

En 1887 sont créés par une colonie grecque, les khawa al râqs al baladi, c’est à dire des cafés où l’ont peut admirer la danse locale typique. Baladi désigne en effet ce qui a trait au pays. Le spectacle se construit autour de musiciens accompagnant un solo féminin. Il est court et répété afin d’inciter les usagers à consommer. L’engouement de européens est tel qu’il conduit à de nouveaux excès et une nouvelle interdiction de la danse en 1895, soit seulement 8 ans après son renouveau officiel.

Entre temps, les égyptiens sont gagnés par cette frénésie. Des spectacles privés s’organisent dans les riches demeures bourgeoises1  D. Henni-Chebbra “ Egypte : profession danseuse ” in “ Les danses dans le monde arabe ou l’héritage des  almées ”, Ed. l’Harmattan, 1996. où, selon l’écrivain C. Gobineau “ il s’exhale de ce tournoiement cadencé une torpeur dont l’âme s’accommode et où elle se complaît comme dans une ivresse amenant un demi-sommeil ”Cité par S. de Soye, op. cit.

Pour les occidentaux sédentaires cependant, il est difficile d’apprécier à leur juste valeur les danseuses orientales exhibées dans un décor typique reconstruit à l’occasion des expositions universelles. En effet, habitués à une version fantaisiste de l’orient, la majorité n’ont perçu dans ces danses qu’une façon provocante de séduire la gent masculine.

Ainsi, au cours de l’exposition de Chicago, en 1893, une danseuse se produisit dans une rue du Caire reconstituée. Ses déhanchements firent scandale et lui offrirent une certaine popularité. Elle fut surnommée “ Little Egypt ”

La danse orientale fut alors tournée en dérision. De nombreux spectacles comiques caricaturent le hoochie-coochie, terme désignant les ondulations du bassin tant décriées.

Il est intéressant de constater que l’Europe redécouvre en ce même XIXe siècle la vitalité des danses populaires au cours des bals. Le quadrille remporte un franc succès, motivant les danseurs à introduire des séquences plus osées, le “ cancan ” qui va déchaîner les foules parisiennes sous la République. Les autorités calment cet engouement. Là encore, “ le bal populaire..devient l’objet de la réprobation moralisante de l’opinion bourgeoise et de la réaction catholique ” F. Schott-Bilmann “ Le besoin de danser ”, op.cit. 

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